Un laïcisme qui veut nous obliger à nous tenir cachés. Le Vade mecum sur la laïcité.

La question de la laïcité et du laïcisme est l’un des enjeux majeurs des prochaines années. Nous donnons quatre textes ici dont une déclaration de Mgr. Pontier, président des évêques de France.

1. Position de Pierre Manent°

[En France, depuis les attentas de janvier 2015] perdurent les manières de penser les plus paralysantes : la ‘laïcité’ serait la solution au ‘problème de l’islam’, l’effacement de la présence publique du religieux serait la solution au problème des religions.

Tout est faux dans cette thèse. Au lieu de chercher une neutralité impossible, qui couvrirait en fait une guerre sournoise, nous devons accepter et organiser la coexistence publique des religions, leur participation à la conversation civique. »

° Auteur de Situation de la France, DDB, 2015

2. Sur la laïcité vue par le Vade mecum de l’Ass. des Maires de France.

par Roland Hureaux (essayiste)

Confondant les élus avec les fonctionnaires, seuls assujettis à l’obligation de réserve, [le Vade mecum] les invite, dans leur action publique, à « s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques », alors même que ces maires, élus tels qu’ils sont, ne répondent que devant leurs électeurs.

Les auteurs de ce guide semblent ignorer que les électeurs musulmans de nos quartiers préfèrent et respectent bien davantage un chrétien pratiquant qu’un laïque, surtout dans la version libertaire qui prévaut aujourd’hui. Jésus et Marie, fêtés à Noël, sont révérés aussi par les musulmans. On voit combien, malgré des assauts de démagogie qui sont autant d’atteintes à la laïcité (financement de mosquées, réceptions en mairie à l’occasion de l’Aïd el Kébir, tolérance du niqab, etc.), le Parti socialiste peine à reconquérir un électorat musulman éloigné par le « mariage pour tous »….

Un risque est que la déchristianisation rende l’Occident encore plus haïssable aux islamistes. Tout en dénonçant les croisés (encore l’inculture !), les gens de Daesh condamnent bien davantage la dérive libertaire de nos sociétés que leurs racines chrétiennes. Sans compter que, renonçant volontairement à des symboles ancestraux, nous leur donnons l’apparence de la faiblesse, peu propre à les amadouer.

C’est donc une grave illusion que l’ultralaïcisme intégriste, qui est d’abord un antichristianisme, voire un anticatholicisme, serait le remède à l’extrémisme salafiste.

Mais certains ne voudraient-ils pas instrumentaliser l’islam pour liquider les derniers vestiges du christianisme en Europe ? Aujourd’hui, interdiction des crèches, demain suppression des crucifix aux carrefours (on a déjà commencé) et sécularisation des églises ?

Si tel est le cas, on peut douter qu’aucun musulman entre dans ce jeu. Ou que le « vivre-ensemble » gagne à la disparition des quelques rares lieux où on enseigne encore le respect d’autrui et, osons le mot, la charité. Il est douteux que les Lumières, produit dialectique de l’Europe chrétienne, survivent à cet arasement. Les esprits forts qui espèrent se tirer vivants de l’effondrement de la cathédrale s’illusionnent. Ceux qui, au nom de Charlie, dénoncent toutes les religions peuvent craindre d’être … comme les lemmings qui marchent sans le savoir à leur propre mort.

3. Se cacher dans le domaine privé ?

Dans ces temps troublés, les a priori des milieux médiatico-politiques qui nous dirigent se dévoilent. Que ce soit dans la Vade mecum de l’A.M.F. ou dans les articles du Monde et de Libération le dogme est le suivant: la religion est du domaine strictement privé et toutes les valeurs religieuses doivent rester cachées. Ainsi, ce dernier journal a réagit à l’encontre de la campagne « Pray for Paris » en affirmant : « La France est un pays laïc où toutes les religions ont le droit d’exister mais doivent se tenir cachées dans le domaine privé. La sphère publique, elle, appartient à tous les citoyens, sans distinction de race, de convictions ou de religion. La bagarre a été longue depuis 1789 entre la réaction catholique et le progressisme républicain. »

Ce journaliste se trompe lourdement, la vraie laïcité n’a rien à voir avec ce qu’il présente. Pour bien comprendre ce qu’elle est (une absence de lien entre le religieux et le politique), un détour historique est utile. Il faut garder en mémoire les dangers du gallicanisme qui pendant les XVIII° et XIX° siècles a été très prégnant en France ; l’intermède anti-catholique de 1792 à 1801 (avec une religion d’Etat imposée) n’avait rien à voir avec la laïcité. Pour une conception équilibrée sur ce sujet, pourquoi ne pas s’en tenir à la loi de 1905 : absence de subventions publiques, traitement égal des différentes religions, affirmation que la République garantit le libre exercice des cultes ? Rien n’indique que les positions chrétiennes devraient « se cacher dans le domaine privé » (certains hommes politiques ne se sont pas privés de participer à des messes publiques).

En fait, l’exercice du culte doit être reconnu comme une valeur positive ; les lieux de culte devraient être préservés de toute ingérence extérieure, le silence des temples, églises et mosquées étant un facteur positif d’équilibre social. Notre caste dirigeante est aux antipodes de cette conception, on l’a vu fin septembre par exemple avec le jugement rendu dans l’affaire des femen de Notre-Dame de Paris : le Parquet, aux ordres de la Chancellerie, n’a même pas mentionné le délit d’entrave à la liberté de culte et une amende symbolique n’a même pas été retenu par les juges. On voit par là le peu de cas qui est fait de l’article 1 de la loi de 1905.

Comme pour des raisons historiques la religion chrétienne était trop visible, le laïcisme exige maintenant qu’elle se cache de façon à ce que la société soit vierge de toute influence. Il s’agit de délégitimer toute proposition religieuse concernant le bien susceptible d’être fait par l’homme et la dignité de toute vie humaine. Il s’agit aussi d’imposer à l’Ecole une nouvelle morale à base « d’égalité des droits » et de « lutte contre les discriminations » à la place de la « morale de nos pères », chère à Jules Ferry, basée sur le bien et le mal,

Mais, loin de nous cacher, nous devons « être la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.« (Mt, 5).  Rémi Sentis, pres AFC-92

4. Concernant les 110 ans de la loi de 1905.

(extrait du texte de Mgr Pontier, prés. C.E.F.)

Cent dix ans d’une mise en œuvre de cette loi dans un esprit d’apaisement, de sagesse et de conciliation ont permis de trouver de justes équilibres…

[L’Église catholique] constate qu’un courant de pensée existe dans notre pays pour passer d’une laïcité de l’État à une laïcisation de la société. Certains voudraient que l’ensemble de la vie en société soit laïque et que les citoyens croyants n’expriment et ne vivent leur foi que dans un strict espace privé de plus en plus réduit, voire même caché.

Nul ne peut ignorer ou récuser le rôle que l’Église a pris et prend dans des domaines essentiels de la vie de notre pays au cours de son histoire et encore maintenant ; que l’on songe à l’éducation, la santé, la culture, l’engagement social, le soutien familial, la présence auprès des jeunes ou la solidarité…

 Évitons la stigmatisation des croyants qui mène à une réduction croissante de leurs possibilités de vivre et de s’exprimer comme citoyens. Croire que réduire leur expression au strict cadre de la vie privée favoriserait la paix sociale est une illusion et une erreur.

(6 décembre 2015)

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