IVG Allongement délai : tribune du Pr Sapin

Du Pr Emmanuel Sapin, extrait tribune Figaro du 9 octobre.
S’agissant du délai de recours à l’IVG, certains voudraient faire abstraction de la réflexion sur le stade de développement de l’embryon, qui, à 12 semaines, est déjà un fœtus. Pourtant, l’honnêteté, avant de prendre la décision d’allonger le délai de recours à l’IVG, nécessite de savoir ce qu’est un fœtus à 12 semaines: regarder une image de ce petit être dont le cœur bat et qui, déjà, ressemble bigrement au bébé qu’il pourra être. Que l’IVG soit, en pareil cas, l’arrêt d’une vie est une réalité scientifique.
On comprend que les médecins qui consacrent leur temps à soigner, conscients de la gravité de l’IVG, soient réticents à participer à cet acte contraire à leur vocation. Leur clause de conscience correspond, non en un état d’âme, comme l’avance le Dr Faucher, mais à une volonté de respecter l’être humain dans sa dépendance, en refusant d’évacuer d’un revers de main la vie autonome anténatale. Il ne s’agit pas de dénier la souffrance que peuvent éprouver des femmes qui demandent une IVG. Néanmoins, compatir à leur souffrance, comprendre leur motivation ne signifie pas ipso facto que soit toujours acceptée et effectuée une IVG qui ne concerne pas que la femme mais aussi, et avant cela, compte tenu des conséquences, l’enfant qu’elle porte.
Même si de gros efforts sont faits pour tenter de faire croire qu’une IVG est un geste banal, qui relève de la gestion de sa sexualité, et qui ne concerne que la femme, celle-ci demeure en son for intérieur bien consciente qu’une autre vie habitait en elle. Et ce geste, quoiqu’en disent certains psychologues [… voulant] gommer la réalité d’un acte terrible, laissera une cicatrice psychoaffective qui fragilise l’estime de soi avec un fond de dépression psychologique plus ou moins latent.

[…] Au-delà d’un certain seuil de développement, le fœtus est devenu plus grand et un recours au morcellement à l’aide d’une pince est nécessaire pour le détruire et l’extraire de l’utérus maternel. Les techniques d’IVG chimiques et d’aspiration utilisées pour supprimer un embryon ne sont pas adaptées pour des fœtus dont la croissance s’est poursuivie.
De façon plus générale, comment accepter la situation dramatique que 45 ans après la promulgation de la loi sur l’IVG, la France compte encore 230.000 IVG par an? Un des arguments avancés pour convaincre de l’urgence de cette prolongation de délai d’IVG est la situation de crise sanitaire qui ne permettrait plus aux femmes de se rendre à l’étranger pour recourir à une IVG tardive, la loi française ne permettant pas l’IVG après 12 semaines. Cet argument avait déjà été avancé, dans le passé, pour décider la prolongation du délai de 10 semaines à 12 semaines.
Lors du confinement du printemps dernier, nous avons dû, médecins et chirurgiens, reporter les hospitalisations et annuler tous nos programmes opératoires pour n’assurer que les urgences … une seule salle d’opération était ouverte pour les urgences gynéco-obstétricales et une seule salle pour les urgences chirurgicales pédiatriques, mais la salle réservée aux IVG a continué à fonctionner. C’était choquant lorsque l’on voyait toutes les souffrances physiques et psychologiques de tant de patients délaissés.[…]
Les Français acceptent mal de savoir qu’au lieu de chercher des solutions pour sortir de la crise en limitant ses conséquences sociales, c’est sur d’autres sujets que se concentrent les élus du Parlement.
Allonger le délai d’IVG de 12 à 14 semaines n’apportera de solution au problème posé mais sera un pas supplémentaire sur le chemin d’une surenchère ; il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour prévoir que cette loi serait, si elle est acceptée, suivie d’une demande pour aller plus loin dans le terme.
Cette dérive ne résoudra pas le problème tant que la question de fond ne sera pas abordée en amont. La dérive logique, il faut en être conscients, dès lors que le Parlement entend élargir la possibilité d’une IMG jusqu’à 9 mois au motif de «détresse psychosociale» ne se fera pas longtemps attendre: certains demanderont de permettre une IVG si le sexe du fœtus perturbe les espoirs anténatals. Je n’exagère pas: c’est déjà une réalité dans certains pays. Alors, faut-il que la France se laisse entraîner par un courant à la dérive? Doit-elle suivre la surenchère d’autres pays plus laxistes en ce domaine et suivre une évolution sociétale sans réflexion? Ce ne peut être une question de mode.

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