L’EMC imposé par le Ministère : une caricature de la morale.

Le Collège n’a pas fini de souffrir. Aux troubles suscités par la future réforme, est venue s’ajouter la mise en place de l’Enseignement Moral et Civique, le fameux EMC. « Le manuel du citoyen », « l’apprenti citoyen », « le vivre ensemble » tels sont les sous-titres des premiers manuels d’EMC proposés aux élèves. Car il faut obtempérer aux directives du Ministère, l’objectif « est une morale civique en lien étroit avec les principes et les valeurs de la citoyenneté » : il faut « amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres ». Pour ce « parcours citoyen », on impose quatre principes ; outre la règle et le droit, l’engagement, il y a le jugement, terme de novlangue qui signifie « comprendre et discuter les choix moraux de chacun, appréhender le point de vue d’autrui » et la sensibilité. Cela montre bien le primat donné aux débats et aux bons sentiments par ce nouveau catéchisme concocté dans les cénacles ministériels ?

Un autre maître-mot de l’EMC est la laïcité. Mais au lieu de dire simplement que la laïcité c’est la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs politique et religieux ? Ou bien, c’est le fait que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte et n’en privilégie aucun » (mais cela obligerait à détailler la loi de 1905, à parler des lois rectificatives, du Concordat ; bref à faire de l’histoire sérieuse !), on impose aux collégiens une définition absurde : la laïcité c’est « la liberté de penser et de croire ou de ne pas croire ». On préfère être dans l’incantation, la laïcité c’est « l’égalité et la fraternité de tous dans le souci de l’intérêt général », grâce à elle on arrivera à un « rejet de toutes les violences ».

En fait, la plus grande partie de ces manuels est consacrée à préparer des débats, des jeux de rôles ou à encourager les collégiens à s’engager : contre le racisme, pour soutenir la LICRA, pour écrire un journal de classe, pour réfléchir sur les réseaux sociaux, contre l’homophobie, pour célébrer diverses journées (dont obligatoirement celle du 9 décembre), etc. Ce qui s’appelait autrefois l’instruction civique n’a plus qu’une portion congrue : par exemple sur un livre de 196 pages, l’explication des principes d’organisation de la V° République n’a le droit qu’à une page et le fonctionnement de la justice est bâclée en 4 pages alors que la présentation du débat « l’adolescent doit-il avoir les mêmes droits que les adultes ? » dispose de deux pages, de même que « pour ou contre l’enfermement en prison ? ».

Par ailleurs, dans les manuels consultés, les mots de bien et de mal ne sont jamais employés; l’opposition entre les deux est visiblement taboue. De plus, nulle part n’est mentionnée la distinction entre le domaine légal et le domaine moral.

L’affaire est grave car pendant une vingtaine d’heures par an (et encore un peu plus à partir de 2016 grâce aux enseignements interdisciplinaires), on va inculquer aux adolescents l’idée selon laquelle la morale, c’est l’obéissance à quelques textes législatifs (bien choisis) assaisonnés d’un engagement à lutter contre toutes les discriminations, le tout saupoudré de tolérance et de bons sentiments.

Mais pour nous chrétiens, la morale c’est important, elle est reliée à des questions existentielles (Comment se détourner du mal ? Que choisir face à deux biens non conciliables ? Faut-il pardonner ? Est-on toujours responsable de ses actes ?). Nous ne pouvons admettre qu’elle soit caricaturée à ce point.

Concernant l’enseignement catholique, les familles sont fondées à demander que chaque directeur fasse valoir le caractère propre de son établissement pour remplacer cette pseudo-morale par une simple instruction civique.

Concernant l’enseignement public, la situation est plus délicate, mais on pourra exiger de ne pas avoir à se procurer le manuel (ce qui d’ailleurs fera faire des économies aux collectivités qui les financent). Il faut enfin être conscient du fait que ce n’est pas avec tous les débats et jeux de rôle dont l’EMC fait la promotion que l’autorité sera restaurée et que la violence cessera dans les collèges.

Rémi Sentis

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