Soutien au cardinal Barbarin après son lynchage médiatique

Tribune publiée le 19 mars dans Le Figaro.

La campagne médiatique contre le cardinal-archevêque de Lyon, suite à l’ouverture d’informations judiciaires consécutives aux plaintes d’anciennes victimes de prêtres pédophiles, appelle quelques observations.

L’initiative des victimes est à respecter et même à saluer. En ces affaires, le silence et le déni ne sauraient ni prendre en compte les blessures des victimes, ni assurer la prévention indispensable, comme le requiert la loi qui libère en apportant les clarifications dont il est besoin.

La parole est dès lors à la justice. C’est à elle seule qu’il revient d’établir les faits et de déterminer si les premiers coupables peuvent encore être poursuivis et si les supérieurs successifs de l’institution à laquelle ils appartiennent peuvent également l’être pour n’avoir pas pris leurs responsabilités en fonction des informations dont ils disposaient et des règles en vigueur, et pour avoir ainsi manqué à leur devoir et causé ou perpétué de graves préjudices.

L’emportement médiatique actuel n’a rien à voir avec la justice. Chacun est libre de penser et de dire ce qu’il veut. Mais les déclarations d’hommes politiques de haut niveau qui préjugent des résultats des enquêtes ou prétendent dicter sa conduite au cardinal reflètent des a priori inavoués, qui, au-delà de la personne du cardinal, ont sans doute pour objet un monde catholique jugé trop peu malléable.

Il est permis d’estimer que le scandale pour l’heure n’est pas uniquement la révélation d’actes de pédophilie après des décennies de refoulement, mais aussi l’opprobre que l’on s’empresse de jeter sans vergogne sur un homme qui entend ne rien cacher, ni esquiver et qui a dit sa confiance en la justice de son pays.

C’est la raison pour laquelle nous tenons à exprimer notre estime, notre reconnaissance et notre amitié au cardinal Philippe Barbarin en ces moments d’épreuves.

Cette tribune a obtenu 110 signatures environ dont les premières sont

Rémi Brague, de l’Institut ; Marie-Jeanne Coutagne, philosophe ; Jean Duchesne, Exécuteur littéraire du cardinal Lustiger; Jean-Noël Dumont, philosophe; Laurent Lafforgue, de l’Académie des Sciences; Pierre Manent, directeur d’études, EHESS; Jean-Luc Marion, de l’Académie Française; P. Thierry Magnin, de l’Académie des technologies, recteur de l’Université Catholique de Lyon; Odile Macchi, de l’Académie des Sciences; Dominique Ponnau, conservateur général du patrimoine, directeur honoraire de l’Ecole du Louvre; Rémi Sentis, directeur de recherche émérite, président des AFC du 92; Denis Tillinac, écrivain

Voir la liste complête ici liste_signataires_

Quelques précisions concernant la campagne médiatique en cours.

On a d’abord jeté en pâture à l’opinion des accusations sournoises qui montreraient « le silence, l’inertie et l’obstination » de Mgr Barbarin , voir le Monde du 13 mars. Puis le site « Le Point » a fait sa Une de lundi dernier avec cette question « Faut-il que Mgr Barbarin démissionne ? » ;  le lendemain on voit sur ce site et sur celui de France-24 (relayant l’AFP) que, selon une source judiciaire, « une plainte a été déposée [contre Mgr Barbarin] en février 2015 concernant des actes pédophiles remontant au début des années 1990 », l’objet de cette plainte émanant « d’un haut-fonctionnaire qui a gardé l’anonymat  » serait « la mise en danger de la vie d’autrui et provocation au suicide ». Le journaliste a peut-être été un peu rapide en indiquant que Mgr Barbarin pourrait avoir provoqué quelqu’un au suicide !

On voit que l’AFP est clairement dans la désinformation

(en effet on ne peut pas porter plainte de façon anonyme).

Le mercredi c’est un déchainement sur France-Info quand apprend que l’archevêque de Lyon a accueilli dans son diocèse en 2008 un prêtre qui avait été condamné un an auparavant à Rodez à 18 mois de prison avec sursis. En fait, ce prêtre avait « l’interdiction de fréquenter les victimes et d’exercer dans le foyer où les faits se sont déroulés » ; le juge d’application des peines l’ayant « expressément autorisé … à poursuivre ses activités en paroisse », il exerçait comme curé d’une paroisse et doyen d’un ensemble de paroisses, une fonction purement administrative de coordination.C’est le président du groupe socialiste au Sénat qui demande alors le retrait du cardinal. Les journalistes embrayent en affirmant « l’étau se resserre autour de Barbarin ».

Au lieu d’apporter de la clarté, la presse entretient de manière complaisante des rumeurs à parfum de scandale.

Par ailleurs, la grande presse omet systématiquement de rappeler la difficulté pour un évêque de gérer des plaintes concernant des actes très anciens, pouvant mettre en cause son prédécesseur alors qu’il n’a pas d’enquêteurs à sa disposition. Il faut noter que chaque évêque est aussi confronté à la gestion des dénonciations anonymes et éventuellement calomnieuses (on connaît des prêtres qui ont leur vie brisée par de telles calomnies).

Comme on s’en aperçoit en lisant les tribunes du « Monde », les arrières-pensées de cette élite politico-médiatique sont, bien au delà de l’affaire de Lyon, clairement de régler ses comptes avec les milieux catholiques.

Face à ce déferlement, gardons notre sang-froid et prions pour tous les évêques afin qu’ils assument leur tâche difficile dans la paix. Nous prions aussi pour tous les prêtres pour qui cette campagne de rumeurs doit être une grande souffrance.

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