Morale ministérielle, quelle « égalité des droits » ?

C’est le 3 juillet, en catimini, que le projet de programme « d’enseignement moral et civique » devant s’appliquer à la rentrée 2015 a été dévoilé par B. Hamon : absence totale de distinction entre le domaine moral et le domaine civique/légal. Il est à prévoir un grand écart entre la morale que les parents veulent transmettre à leurs enfants et cette morale ministérielle basée sur l’égalité des droits chère à V. Peillon.

Les objectifs de cet enseignement sont « penser et agir par soi-même et avec les autres… ; comprendre le bien-fondé des règles régissant les comportements individuels et collectifs, y obéir… ; reconnaître le pluralisme des opinions, des convictions, des croyances et des modes de vie ; construire du lien social et politique. » L’absence de distinction entre le domaine moral et le domaine civique/légal est voulue. Et dans les « connaissances » qui doivent être enseignées, on ne retrouve jamais de référence au bien ou au mal (uniquement des allusions au juste et à l’injuste) encore moins à la violence, la tempérance, le mensonge ou l’honnêteté.

Dès le cours préparatoire, on parle des droits et devoirs « de la personne, de l’élève, du citoyen », la principale illustration concernant « les droits égaux des garçons et des filles dans toutes les situations » ; parmi les « connaissances », on note « la tolérance, les atteintes à la personne d’autrui (racisme, sexisme, homophobie, harcèlement),… la charte de la laïcité à l’Ecole,… Sensibilisation à l’injustice et aux préjugés ». Ainsi, grâce à la lutte contre l’homophobie (dont on se demande ce que des enfants de 7 ans peuvent comprendre) on pourra présenter la dualité des sexes comme une simple convention sociale. Et sera disqualifiée toute affirmation selon laquelle l’enfant doit pouvoir bénéficier de l’altérité sexuelle de ses parents.

Pour les plus grands c’est la continuité ; au collège on mentionne « l’égalité et la non-discrimination,… la dimension biologique de la diversité humaine, sa dimension culturelle, l’expression littéraire de l’inégalité et de l’injustice ». Derrière cette dimension biologique de la diversité, ne se cache-t-il pas une remise en cause de l’affirmation simple de la dualité des sexes ?

Par ailleurs, il est prévu que dans les instituts remplaçant les défunts IUFM, les futurs maîtres subissent une formation spécifique (ce qui va justifier la création de postes de professeurs d’EMC, l’Enseignement Morale et Civique). «L’EMC a un contenu spécifique clairement identifié et suppose… l’appropriation des concepts qui l’organisent (autonomie, norme, égalité des droits, citoyenneté, laïcité), l’initiation aux grands courants de la philosophie morale et aux théories psychologiques du développement moral. »

Outre une légitime interrogation sur les dites théories, ici transparaît clairement l’idéologie de l’égalité des droits selon laquelle chaque individu (dont le sexe n’est qu’une caractéristique assignée à la naissance) aurait le droit de remplir n’importe quel rôle vis-à-vis de la société et donc de la filiation. Cette conception de l’égalité conduit à l’indifférenciation (en particulier celle des sexes). Elle est étrangère à l’idée chrétienne d’égalité (l’égale dignité de tous les hommes devant Dieu) et même à celle de 1789 qui, elle, faisait référence à l’égalité devant la Loi.

La partie morale de l’EMC se réduit à la tolérance et la non-discrimination (seules valeurs absolues à évoquer lors d’un questionnement), elle est en fait une roue de secours d’un enseignement civique dont les buts sont de démontrer la justesse des lois actuelles et d’interdire de contester la valeur de l’égalité des droits. Le texte avertit d’ailleurs qu’on ne pourra permettre « une réticence, voire une abstention, dans l’affirmation des valeurs transmises. Les enseignants et les personnels d’éducation sont au contraire tenus de promouvoir ces valeurs dans tous les enseignements ».

Concrètement après un simulacre de concertation avec les fédérations de parents d’élèves (impuissantes vue la diversité de leurs opinions) et les syndicats (qui se contenteront de demander plus de temps pour la formation continue), les programmes officiels seront validés.

Et en mai prochain les collèges n’auront le choix qu’entre cinq ou six manuels d’EMC faisant tous de la surenchère dans le « bien-pensant » (et distribués gratuitement aux élèves aux frais du contribuable).

Cette morale ministérielle a clairement peu de rapport avec celle que les parents veulent transmettre à leurs enfants. Aussi ne va-t-on pas opérer un grand-écart dont les élèves seront les premières victimes ? L’enseignement catholique pourra-t-il manifester son désaccord avec l’EMC dont le contenu est en opposition avec la morale qu’il essaye de faire passer dans ses cours de catéchèse ? En vertu du caractère propre dont il bénéficie, il en a le pouvoir. Cela permettra peut-être par ricochet de soulever la chape bien-pensante qui est en train de s’abattre sur l’enseignement public.

R. Sentis

Une réflexion sur “Morale ministérielle, quelle « égalité des droits » ?

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