La vie est une histoire d’amour

Le président de l’A.F.C. de Montrouge, Bagneux, Malakoff a été interviewé il y a quelques mois par la journaliste polonaise Joanna Szubstarska. L’article vient de paraître dans le numéro de décembre de la revue Rozaniec (Rosaire).!!okl-grudzien-2018-1

  • L’Église a toujours souligné que la Sainte Famille de Nazareth est un modèle. Comment comprendre aujourd’hui la notion de famille chrétienne ?

Face aux défis d’aujourd’hui, et à l’heure où l’on conteste qu’il existe un modèle familial unique, la Sainte Famille nous rappelle des évidences telles qu’on ne les aurait sans doute même pas remarquées il y a encore trente ans : le Verbe a choisi de s’incarner dans une famille composée d’un homme, saint Joseph, et d’une femme, la vierge Marie. Cette famille est bâtie sur la différence et la complémentarité des sexes, et sur leur amour aussi fort que désintéressé. Elle est orientée vers la recherche de la volonté de Dieu et l’éducation de l’enfant, d’autant plus fortement que l’enfant est ici le Fils de Dieu lui-même. L’intimité de la famille est essentielle : ce n’est pas pour rien qu’on parle de la vie cachée de Jésus. C’est à son abri que se cache et se prépare l’avenir des enfants et celui de la société. Quelle grâce extraordinaire pouvait représenter la vie de trois saints immenses au sein de cette famille : Jésus, le Saint par excellence, Marie, l’Immaculée, et saint Joseph ! On aurait aimé pouvoir en saisir un instant, mais l’évangile est sur ce sujet d’une impressionnante pudeur. Saint Joseph aurait pu se sentir écrasé par la présence de Jésus et de Marie auprès de lui. Lui, qui était le moins saint des trois, s’en est pourtant vu confier la responsabilité par Dieu qui comptait réellement sur lui. C’est à lui que l’ange s’adresse à plusieurs reprises quand la sauvegarde de la famille est en jeu. Il lui intime notamment l’ordre de fuir en Égypte, puis d’en revenir. A partir de là, c’est Joseph qui dirige les opérations, non dans une recherche de soi, mais pour le bien de tous. Joseph exerce également le métier de charpentier, tourné vers l’extérieur. A Marie revient l’intériorité : « elle méditait ces choses dans son cœur ». Saint Jean-Paul II le disait autrement : les femmes sont les « sentinelles de l’invisible ».

  • La famille est un soutien pour ses membres. Pourquoi est-il si difficile maintenir la famille ?

La famille répond à un besoin profond de l’homme parce qu’elle est conforme à sa nature. Aucun homme ne vient au monde sans l’union d’un homme et d’une femme, et cette union est appelée à durer parce qu’elle résulte normalement de l’amour, que celui-ci engage s’il est authentique, et que le fruit de cette union réclame de la durée pour croître harmonieusement. D’ailleurs, les sondages le montrent régulièrement : aussi blasés qu’ils semblent être, les jeunes rêvent du grand amour, et dans leur esprit cet amour est durable. Comment peut-on expliquer alors que les familles semblent avoir autant de mal à rester unies ? Si l’on s’en tient à une explication sociologique, on pourra observer la progression de l’hédonisme et de l’individualisme, les conditions de vie qui favorisent la dispersion des individus plutôt que leur concentration sur des valeurs fortes, le refus d’attendre, la dédramatisation apparente des séparations et leur facilitation par la loi, enfin l’effet boule de neige de ces phénomènes qui tendent à faire accroire que les séparations sont des événements « normaux » de la vie, qu’on peut « recommencer sa vie », et finalement qu’on peut s’engager à la légère puisqu’il est possible de reprendre sa parole. On pourra y ajouter des considérations historiques et juridiques sur les effets délétères de lois rendant le divorce et les attentats à la vie toujours plus faciles. Si l’on creuse plus profond, on rencontre une crise spirituelle : crise de l’engagement : y a-t-il des valeurs assez fortes pour que j’y engage ma vie sans connaître par avance de quoi elle sera faite ? La perspective de ne pas fuir mes engagements, si je ne trouve un jour plus mon « épanouissement » avec la personne élue, est-elle acceptable ? Crise de la foi aussi, et par là même de l’espérance et de la charité. Si Dieu est mort, comme le croient beaucoup, l’amour oblatif a-t-il encore un sens ou ne vaut-il pas mieux privilégier la jouissance ? Et quel secours puis-je espérer à l’heure des grandes difficultés si je ne crois pas à la bienveillante et toute puissante providence de Dieu qui veille à tout, et ne tolère le mal que pour en faire sourdre un plus grand bien ?

La consolidation des familles doit prendre le chemin inverse de celui qui a mené à leur fragilisation, et pour cela, il faut rappeler sans cesse la valeur irremplaçable de la famille comme fondement de la société et du bonheur, et le secours de Dieu en toutes circonstances, même les plus crucifiantes.

  • Le pape Benoit XVI a déclaré que «la famille chrétienne est une communauté d’éducation et de foi ». Comment comprendre ses paroles ?

Comme beaucoup l’ont souligné, toute famille est une communauté qui articule le féminin et le masculin d’une part, les générations d’autre part. Il ne s’agit pas d’une réunion éphémère mais d’une communauté durable, et d’une certaine façon éternelle où chacun se définit par rapport à l’autre : les époux ne le sont que l’un par rapport à l’autre, les parents ne le sont que par rapport à leurs enfants et réciproquement, les frères et sœurs le sont par rapport à leurs parents. Il y a donc là un maillage très serré. C’est une vérité naturelle que la famille est une communauté éducative : le mariage est naturellement ordonné vers la procréation, et celle-ci débouche nécessairement sur le devoir d’éduquer les enfants nés de l’amour. Notons bien que ce devoir est également un droit inaliénable. Tous les pouvoirs totalitaires ont cherché à s’emparer de l’éducation pour faire main basse sur les enfants et les modeler suivant des vues idéologiques. Cette tentation n’est pas absente de nos pays occidentaux et elle réclame une extrême vigilance de la part des parents. En France, on l’observe de façon plus ou moins ouverte ou larvée selon les époques. Un de ses derniers avatars réside dans les tentatives du ministère de l’éducation pour imposer la théorie du genre dans l’enseignement. C’est aussi en famille qu’on reçoit le plus naturellement la foi, « sucée avec le lait de la mère », comme le dit une expression. Un dessin humoristique montrait récemment les deux scènes suivantes : un homme demande à un autre : « vas-tu te laisser pousser la barbe ? ». L’autre, de dos lui répond : « j’ai décidé de ne pas faire de choix ». Il se retourne ensuite, et laisse apparaître un visage avec une barbe de plusieurs mois. C’est une parabole de l’éducation à la foi : s’abstenir de donner une éducation religieuse à ses enfants, comme certains parents croient judicieux de le faire, c’est en réalité faire pour eux le choix d’une indifférence a priori. Sans compter que la foi a besoin de se nourrir par le cœur, par l’intelligence et par les œuvres. Comment accéder d’abord à cette nourriture si ce n’est à travers le milieu originel et le plus constant dans lequel baigne un enfant, à savoir la famille ? Où se fait la première initiation chrétienne ? Quel milieu vous engage à recevoir les sacrements ? Qui vous donne normalement connaissance de l’histoire sainte, de la parole de Dieu ? Qui vous apprend à prier ? Où recevez-vous l’exemple initial de la charité ? Qui, même, vous corrige quand vous êtes sur une mauvaise pente ? Encore et toujours la famille.

  • Le Pape Jean-Paul II a consacré beaucoup d’attention à la famille. Il a parlé de la famille comme d’une « alliance d’amour ». Comment comprendre la communion des personnes dans le mariage et la famille ?

Cette question rejoint la première. Le mariage est par définition une alliance, définitive jusqu’au décès d’un des conjoints. C’est une alliance d’amour parce qu’il est impensable d’aimer sans vouloir se donner (c’est même la définition de l’amour agapè), et qu’il est tout autant inimaginable, en pratique, d’imposer à l’autre pendant des années une vie où l’on ne serait centré que sur ses désirs à soi. Ne pas le comprendre est sans doute une des principales raisons de tant de ruptures après peu de temps de vie commune. La personne engagée dans le mariage ne conçoit plus sa vie comme une monade, mais comme une vie de communion avec l’autre, dans laquelle il se produit une sorte de fusion où chacun conserve sa personnalité, mais l’ajuste à celle de l’autre pour tenir compte de ce qu’il est, de ses besoins et de ses désirs, de ses limites. De telle sorte qu’on ne peut plus envisager la personne sans prendre en considération l’alliance dans laquelle elle est engagée. Cet amour porte du fruit, dont le plus évident est en général l’enfant, dont la venue au monde ne peut manquer d’évoquer l’engendrement du Saint Esprit au sein de la Trinité. L’enfant nait donc au sein d’un climat d’amour, celui de ses parents. L’amour dont il est l’objet lui apprend que la vie n’est pas d’abord une lutte, comme beaucoup l’ont cru et le croient encore à tort, mais une histoire d’amour à laquelle il doit répondre à son tour. Cette éducation est fondamentale pour lui et pour sa famille, mais aussi pour la société. Les enfants qui n’ont pas été élevés dans un climat d’amour exigeant, cherchant à les faire grandir plutôt qu’à satisfaire leurs caprices, auront de fortes chances de rester des adolescents ou de tourner mal.

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