La religion du Progrès ou l’anthropologie chrétienne

La manipulation des embryons humains et le bricolage de la filiation sont pour nos hommes de médias des phénomènes inéluctables et, dans le même temps, ces derniers exigent d’en accélérer le développement pour le « bénéfice pour l’humanité ». Que se cache-t-il derrière une telle thèse ? Celle-ci n’est-elle pas quasiment religieuse ?

Une position symptomatique de ce courant de pensée est celle de l’éditorialiste Luc Ferry exigeant d’autoriser les manipulations destinées à « l’amélioration ou l’augmentation » du patrimoine génétique des futurs bébés (et donc bien sûr une séparation entre procréation et sexualité). Pour lui, les dites « augmentations commenceront dès qu’elles seront possibles sans danger, [ … car] il n’y a rien de pire dans nos vies, spécialement pour un athée, que la mort d’un être aimé ; pour la retarder certains finiront par accepter de modifier le génome ». Et de conclure que face à certaines « préoccupations morales » dans certains pays,  » la lucidité vaut mieux que les anathèmes » ;  car si cela est « interdit ici et autorisé là », alors on risque fort  » faute de consensus mondial, d’avoir pour unique effet de favoriser le tourisme médical  » (cf. Le Figaro du 20 décembre). Ce raisonnement simpliste est celui qui a été inculqué aux journalistes dès leur première formation et qu’ils nous resservent en permanence. Vu que l’on peut accéder à n’importe quelle innovation bio-technologique en franchissant quelques frontières, il ne sert à rien de s’opposer au Progrès et il faut s’en accommoder : les considérations morales ne sont que des « postures incantatoires inutiles ».

En fait, les zélateurs de la religion du Progrès accusent les chrétiens de proférer des anathèmes, mais ils balayent toute discussion éthique. Toute velléité d’entamer de telles discussions sont réduites à néant car on vous dit d’emblée qu’il faut s’accommoder ici de ce qui sera fait là-bas ?

Une autre position caractéristique de cette nouvelle religion du Progrès est celle Henri Atlan qui se félicitait de « la séparation entre procréation et sexualité […] rendue possible par une intrusion médicale de plus en plus poussée dans les domaines autrefois réservés à la vie privée ». Grâce à l’utérus artificiel par exemple, femmes pourront être libérées des contraintes de la grossesse : « la différence des sexes et leur asymétrie immémoriale dans la fonction de procréation disparaitra, dès lors que les hommes et les femmes seront égaux devant les contraintes qu’impose la reproduction de l’espèce » (L’utérus artificiel, Le Seuil, 2005).

Le même Atlan n’hésite pas à affirmer que le développement des techniques procréatives améliorera la vie si « le progrès moral peut subir des accélérations comparables à celles des progrès techniques ». Mais, qu’est-ce que ce « progrès moral » ? Pour celui qui est un promoteur actif de l’homoparentalité, cela semble se concrétiser par une « libération des souffrances et aliénations naturelles et sociales, permettant un épanouissement des enfants et des adultes, dans une utopie fraternelle » (interview en mars 2006 dans le Figaro).

Pour les clercs de la nouvelle religion, il faut renvoyer au rayon des accessoires inutiles la dimension anthropologique de la distinction des sexes (« Dieu créa l’homme à son image et ressemblance, homme et femme Il les créa »). La morale issue du Décalogue doit être remplacée par des préceptes simples dont le premier est la suppression des aliénations naturelles (puis de la filiation sexuée).

Finalement, l’anthropologie doit passer au second plan derrière la « transcendance opératoire ». C’est le dépassement de la condition humaine par la technique qui devient l’horizon de notre humanité : le nouveau paradis terrestre en somme !

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